D'un fruit qu'on laisse pourrir à terre, il peut encore
sortir un nouvel arbre. De cet arbre, des fruits nouveaux par centaines.
Mais si le poème est un fruit, le poète
n'est pas un arbre. Il vous demande de prendre ses paroles et de les manger
sur-le-champ. Car il ne peut, à lui tout seul, produire son fruit.
Il faut être deux pour faire un poème. Celui qui parle est
le père, celui qui écoute est la mère, le poème
est leur enfant. Le poème qui n'est pas écouté est
une semence perdue. Ou encore : celui qui parle est la mère, le
poème est l'oeuf et celui qui écoute est fécondateur
de l'oeuf. Le poème qui n'est pas écouté devient
un oeuf pourri.
C'est à cela que songeait, dans sa prison, un poète condamné à mort. C'était dans un petit pays qui venait d'être envahi par les armées d'un conquérant. On avait arrêté le poète parce que, dans une chanson qu'il chantait sur les routes, il avait comparé la tristesse qui rongeait jusqu'à l'os la chair de son corps aux fumées meurtrières qui avaient brûlé jusqu'au roc la terre de son village.
C'est à cela que songeait, dans sa prison, un poète condamné à mort. C'était dans un petit pays qui venait d'être envahi par les armées d'un conquérant. On avait arrêté le poète parce que, dans une chanson qu'il chantait sur les routes, il avait comparé la tristesse qui rongeait jusqu'à l'os la chair de son corps aux fumées meurtrières qui avaient brûlé jusqu'au roc la terre de son village.
Rene Daumal.
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